« J’peux pas j’ai aqua poney à Versailles ». C’est ce que j’aurai dû dire à la directrice de casting quand elle m’a appelé pour me dire que mon profil avait été retenu.  Deux jours plus tard, je suis nue ou presque devant une caméra pour décrocher un petit rôle dans une super-production de Canal+.

Recherche très très jolies rousses à l’aise avec la nudité

Il faut revenir quelques jours auparavant pour comprendre. On me taggue sur une annonce qui dit rechercher deux « très très jolies rousses à l’aise avec la nudité » pour une séquence hot dans un lit avec Louis XIV. Bon déjà ça veut dire quoi le « double très jolie » ? Toi t’es une fois très jolie, toi en revanche deux fois très mignonne mais pas suffisamment jolie. On l’a compris, ils veulent de la bombasse et moi hésitante sur mon sex appeal, je sais pas si je suis assez double très jolie pour eux. Oh et puis merde, j’ai rien à perdre j’envoie ma candidature en l’oubliant aussi vite. J’ai aucune chance !

BIM ! On m’appelle quelques jours après et à ma grande surprise, mon profil leur a plu mais la directrice de casting tient à me mettre en garde : « Il s’agit d’une scène de sexe simulé, où tu es nue avec deux autres personnes. Es-tu à l’aise avec ça ? ». Il faut savoir que moi j’ai pas vraiment de problèmes avec cette idée. Si la nudité est justifiée par un scénario, pourquoi pas. En plus de ça c’est Canal+ et je sais pour avoir vu quelques épisodes de la série, que ce n’est pas fait de manière à dégrader la comédienne mais bel et bien pour venir illustrer une histoire à une époque où le sexe était maître au Château de Versailles. Et puis je suis sûre que j’aurai plu à Louis XIV alors je lui dis BANCO.

Le casting est fixé deux jours plus tard et sur le mail de convocation, je lis qu’il faut venir habillée d’une robe longue et qu’une photo en topless serait faite. J’enregistre l’info et pour ma préparation, je me gave d’épisodes des saisons précédentes. Je regarde « Deux soeurs pour un roi » ou encore « Le masque de fer ». Je lis et relis la partie du scénario qui m’a été envoyée et je m’imprègne des différentes séquences. Il est pas question que je rate ce casting car c’est la première fois qu’il s’agit d’un aussi gros projet même si c’est un tout petit rôle. De toute façon, y’a pas de petit rôle.

CASTING JOUR J

Réveil matinal en musique. Après la préparation mentale, place à la préparation physique. Je n’ai pas le droit au maquillage. Cela veut donc dire que je dois super bien hydratée ma peau après avoir fait un masque de nuit et un masque repulpant booster d’éclat de jour. Ouai on rigole pas nous. Côté cheveux, j’ai dormi avec un masque home made huile de ricin/coco et après un shampoing pigmentant + un semblant de brushing, ma chevelure rousse avait un semblant de gueule. J’ai bien évidemment pris soin de m’hydrater le corps et de choisir ma culotte. Bah oui j’anticipe la mise à mort euh à nue et j’opte pour le classique boxer noir qui mettra mes fesses en valeur sans trop les montrer et j’enfile une de mes robes préférées signée Karma Koma.

Cette robe, la directrice de casting n’aura pas le temps de tomber sous son charme corse puisque à peine arrivée dans la salle de casting, elle me demande de me déshabiller. Je tombe le haut en entendant « topless ». « Non tu enlèves tout et tu ne gardes que ta culotte ». Hum je suis pas venue me faire épiler en faite. Bon okay je suis tranquille, je suis bien, je suis détendue. « Pas de problèmes tout de suite ! » Je m’exécute. J’en ai rien à faire d’être en culotte pour prendre une photo. Je l’ai bien compris, ils vont choisir une paire de fesses.

Par contre, lorsqu’elle me demande de m’allonger à même le sol pour simuler un plan à trois toute seule à dix centimètres d’elle et de sa caméra, là j’avoue que la machine s’enraille. Je suis incapable de jouer quoi que ce soit de crédible. Donc pour voir si je suis vraiment à l’aise nue elle me met dans des situations grotesques à la limite du respectable, c’est ça l’idée ? Le casting dure 7 minutes top chrono et je pense qu’elle n’a même pas entendu le son de ma voix.

J’aurai dû claquer la porte !

Je sors de la salle, je suis énervée, frustrée tout ce que tu veux. Énervée contre moi-même parce que je me suis dis que j’aurai dû jouer le jeu du plan à trois avec le roi invisible et que j’en ai été incapable. Mets-moi au moins une poupée gonflable ou un chien que je puisse te donner du regard, de la séduction, du jeu. Énervée contre la directrice de casting qui m’a donné l’impression d’être un objet qu’on fout à poil sur commande. J’arrive toujours pas à comprendre l’intérêt de m’auditionner en culotte à même le sol alors qu’elle avait déjà pris des photos de moi en long en large et en travers.

Si ça avait été autre chose qu’une série Canal+ ou un film pour Besson, j’aurai déjà claqué la porte et c’est pour ça que c’est dégueulasse. D’ailleurs j’aurais dû claquer la porte ! Sous prétexte qu’en tant que jeune comédienne tu rêves qu’on te donne ta chance, t’es prête à te foutre à poil à 17h devant une nana qui t’as à peine demandé ton prénom. Je m’en suis voulue et j’ai été si frustrée de me dire que cette directrice de casting que j’avais envie de rencontrer n’a rien pu retenir de moi ou de mon talent. A tel point qu’en sortant, j’étais persuadée d’avoir complètement raté mon casting.

CLAP DE FIN

Aujourd’hui, je n’attends pas la réponse pour écrire mon article coup de  gueule. Si j’avais la moindre chance, je pense qu’elle vient de s’envoler en éclats. Qu’importe, j’a décidé d’assumer et en même temps, c’est ce que je voulais en créant ce blog. Partager avec vous mes histoires et mes expériences pas toujours sympa afin qu’elles vous servent ou qu’elles vous fassent simplement sourire.

Authenticité, bienveillance et solidarité sont les maîtres mots de ce blog. N’en déplaise à Louis XIV et sa cour.

 

A 18 ans, j’ai quitté ma province bien décidée à conquérir Paris. Oh wait … Ça c’était ce dont je rêvais. La vérité est beaucoup moins glamour et si je vous la révèle, je devrais vous supprimer ensuite. Il m’en aura fallu du temps pour monter à Paris, du temps et des sacrifices. Même si enfant je m’voyais déjà en haut de l’affiche, conquérir la plus ville du monde se révèle être une mission quasi impossible. Impossible n’est pas Pauline. Je vous raconte ?

Paris et moi c’est une longue histoire.

Née à Issy Les Moulineaux en région parisienne, je déménage à la campagne à l’âge de 7 ans parce que mes parents veulent qu’on ait une belle maison. Aussi certaine que j’étais déjà une artiste à cet âge, j’étais aussi une citadine née. Faire du vélo dans le jardin ou construire des cabanes dans les arbres, très peu pour moi ! J’ai jamais aimé ça les champs de blé à perte de vue, le silence, l’absence de tout. J’ai toujours su qu’une fois grande, j’habiterai à Paris. Parce que le week end, mon père nous emmène à Paris pour sortir, aller au cinéma, faire du shopping, la ville des lumières m’attire. C’est déjà pour moi, la ville où tout est possible, où personne ne connaît ton histoire, où tu peux être qui tu veux et surtout celle que tu es vraiment.

L’hymne de nos campagnes

Paris fantasque qui me fait fantasmer. Je sais que dès qu’il m’en sera possible, je fuirai cet environnement dans lequel j’ai grandis pour Paris. A l’âge de 15 ans, je quitte ma famille pour l’internat du Lycée Silvia Monfort située dans l’agglomération de Chartres. Je choisis ce lycée parce qu’il propose l’Option Théâtre au Bac et je suis alors, la plus heureuse du monde. C’est à ce moment là que je vais rencontrer ma meilleure amie de toujours et mon premier amour. A 18 ans, parce que je suis amoureuse, je reste à Chartres qui est toujours aujourd’hui, une ville chère à mon coeur. Je tente la fac de Lettres Modernes d’Orléans en rêvant de passer le concours du Conservatoire d’Art Dramatique de la ville où Marion Cotillard a fait ses premiers pas. On me dit que la première option est la meilleure. Une année plus tard, mes résultats confirmeront que ce n’était pas la meilleure.

Je m’voyais déjà en haut de l’affiche

Je reviens à Chartres et m’inscris dans un BTS Communication à Paris. Commence alors les interminables allers-retours entre Chartres et Paris-Montparnasse. Là, je n’ai pas vraiment le choix et je ne vois que de Paris, Train-Métro-Boulot-Métro-Train-Boulot. Je suis prise dans le tourbillon de la vie et je ne profite de rien. Paris est un peu moins magique d’un seul coup. Ironie du sort : plus je suis à Paris, la ville qui représentait la possibilité de vivre mon rêve, plus je l’oublie. Pendant les années qui vont suivre, je ne vais parler à personne de mon envie de devenir comédienne. J’avance dans ma petite vie tranquillement, j’obtiens mon BTS Communication et je pars vivre une expérience de fille au pair à Barcelone. Je m’enfuis au bout de 4 jours seulement. 4 jours qui auront suffi aux parents pour me séquestrer dans leur villa de luxe mais ça, c’est encore une autre histoire. La fuite comme instinct de survie toujours et encore. A ce moment là, je n’ai pas d’autres choix que de rentrer à la campagne où j’accepte un CDI comme secrétaire d’auto-école (Hum What are you fucking doing Pauline ?). Je sais que je suis en train de me tirer une balle dans le pied mais j’accepte la situation parce que je rêve d’un peu de stabilité.

Etre Actrice, c’est avant tout faire l’apprentissage de sa liberté

Ce n’est que 3 ans plus tard que je viendrai habiter à Paris après avoir fait la rencontre d’un petit coeur prénommé Marie qui, après mon retour de Corse, m’offrira le gîte et le couvert dans son appartement de Porte d’Orléans. Bien plus qu’un lit, Marie m’offre ainsi l’opportunité de m’inscrire dans une école de théâtre. Elle fait de mon rêve, quelque chose de concret et m’encourage dès mon audition d’entrée au sein d’Acting International. Voilà ce que c’est la définition d’un petit coeur. Moment solennel : J’aimerai remercier au passage tous les petits coeurs qui m’ont tendu la main un jour pour m’offrir un toit sur la tête ou qui m’ont juste tendu la main d’ailleurs. Ils se reconnaîtront. Moment solennel fin.

Depuis l’âge de 18 ans, j’ai déménagé pas moins de 15 fois . Et ce qui est certain c’est que Paris n’a pas été la ville qui m’a fait renaître comme le dit Sacha Guitry. Celle qui a eu ce privilège s’appelle Calvi mais Paris est la ville qui a su repousser mes limites, rendre possible tous mes rêves et m’offrir la plus belle rencontre de ma vie à ce jour.

Merci Non Merci Paris

Alors Merci Paris. Merci même si parfois j’te déteste. Je déteste ta gueule triste du matin et ton rythme effréné. Je déteste tes groupes d’amis qui empêchent de s’en faire. Je déteste tes pintes trop cher et ton regard hautain. Je déteste tes trottoirs avec Georges et ses amis qui nous rappellent que la misère n’est pas seulement une notion vague à l’autre bout de la planète.

Merci Paris parce que malgré tout ça, je t’aime d’amour. Chez toi, je peux être ivre d’alcool, ivre d’amour, ivre de vie. Porter des mini-jupes. Flirter. Aimer. Tromper. Quitter. Revenir. Aimer à nouveau. Rire trop fort. Refaire le monde. Partager. M’engueuler. Me réconcilier. Profiter. Se souvenir. Danser jusqu’à rire. Prier le jour de ne jamais revenir. Crier « C’est ma chanson ». Danser comme Beyoncé. Chanter à tue-tête. Copiner avec le barman. Faire la fermeture. Rentrer à l’envers parce que marcher droit c’est triste. Rentrer seule, à deux, à trois. Et puis recommencer le soir d’après.

Merci Paris parce que grâce à toi, j’ai appris qu’être parisienne c’était avant tout être une femme libre et ça j’en avais toujours rêvé !

Aujourd’hui, on se quitte en images avec ce court-métrage auquel j’ai eu la chance de participer, signé par la très belle équipe de PARIS PARALLÈLES :

PARIS PARALLELES from Antoine Guibert on Vimeo.

Crédits Photo : Solenne Jakovsky

Et sinon toi, tu fais quoi dans la vie ? – Je suis comédienne.

Le mec dans le bar : « Et tu joues dans quoi ? » -Moi : « Dans le dernier Tarantino ! » Range tes yeux ébahis Ducon, je joue dans rien enfin dans pas grand chose, dans pleins de trucs en faite mais rien qui ne passe sur TF1 et encore moins au cinéma. Alors quoi, là t’es en train de penser que je suis pas vraiment une comédienne ? Comme si être comédienne se résumait à jouer dans un film. Je comprends ton interrogation alors je vais tenter de t’expliquer.

Dans mon cas, être une comédienne aujourd’hui c’est : avoir nourri un rêve depuis ma plus tendre enfance, joué Shakespeare à l’âge où tu jouais aux Pokémons, avoir obtenu un 18 au Bac Théâtre, avoir abandonné lâchement mon rêve avant de le chérir à nouveau, avoir eu 2-3-4 petits boulots et parfois des gros pour payer mes cours du soir en plus de mon loyer, de mon crédit auto et étudiant, avoir été gentiment licenciée pour non compatibilité d’humeur et se retrouver au chômage, avoir été tous les métiers du monde avant de ne vivre que du plus beau.

TO BE OR NOT TO BE : UNE ACTRICE

Être une comédienne aujourd’hui c’est : partir à la conquête de nouveaux projets chaque matin, décrocher des castings, répéter, travailler et travailler encore, tourner pour des pubs web sans budget ou des courts-métrages étudiants ratés, tourner pour des projets top cool et prendre la pose pour de talentueux photographes, écrire, partager mon expérience sur mon très cher blog, partager avec les autres comédiens, créer et continuer à rêver.

Alors oui, je n’ai pas encore décroché de petite statuette qui prouverait au monde entier que je suis faite pour ça et je sais aujourd’hui que le chemin est encore plus long que je ne l’avais imaginé pour y parvenir. Et si les cachets d’intermittence que j’ai réussi à obtenir jusqu’ici se comptent sur les doigts de la main, je vis à temps plein depuis six mois maintenant la folle aventure de la comédienne débutante.

A coeur ouvert

C’est mon article coup de gueule de la semaine ! Coup de gueule contre ces gens que je croise et que je connais parfois très bien, qui m’attendent sur un objectif de résultats alors même que ce métier demande avant tout de la maîtrise. Maîtrise de son corps et de son art. Maîtrise de soi. Pour pouvoir surmonter le creux de la vague notamment, même quand il n’y a pas de vagues. Parce que même quand on a la chance de tourner, il ne faut jamais rien prendre pour acquis. La vie d’artiste est un questionnement permanent.

Est-ce que j’ai fais le bon choix ?

A dire vrai, j’ai de plus en plus de mal à supporter les remarques des gens sur mon statut. Je suis une comédienne sans emploi c’est vrai. Pourtant je bosse hein. En début d’année scolaire, j’ai été castée pour un rôle super important par exemple. Depuis, chaque mercredi, je joue avec plaisir le rôle de la baby sitter bienveillante sous le regard avisé de la jeune réalisatrice Suzanne 8 ans tandis qu’Adèle 5 ans s’occupe de la régie et qu’Ulysse 2 ans coordonne les cascades de petites voitures. Parfois, j’aide les entreprises à développer leur communication sur les réseaux sociaux aussi. Enfin, quand je ne joue pas les hôtesses dans des salons porte de Versailles, j’arrive à bosser comme comédienne. Un peu, heureusement ! A cause de tout ça et à cause de mon tempérament de working girl aussi, j’ai parfois envie de tout lâcher pour me trouver un nouveau challenge professionnel (Comme si celui de devenir comédienne n’était pas suffisant).

« Peut-être que je fais partie de ceux pour qui ça ne restera qu’un rêve. » La La Land.

Je suis une comédienne sans emploi mais pas que. Je suis une rêveuse. Je suis une battante. Une acharnée de travail. Une force de vie à toute épreuve. Parce que oui quand tout le monde croit savoir qui vous êtes, il est parfois bon de vous rappeler à vous même qui vous êtes vraiment et où vous avez envie d’aller. Et j’ai eu raison de continuer à croire en moi puisque je viens de décrocher un job de journaliste pigiste au sein de la rédaction de Télé 7 Jours. Oui Monsieur ! Un boulot que je connais bien après avoir bossé un moment pour le magazine Closer et qui va me permettre de m’éclater un peu tout en gardant du temps pour mes projets de comédienne.

Alors faites vous confiance, vous seul avez la réponse à vos questions. 

 

Crédits Photo : Solenne Jakovsky

La première fois que j’ai rencontré Maud Givert, c’était à la terrasse du Little. Un bar qu’affectionne tout particulièrement ma cousine que je venais justement rejoindre pour boire un verre. Maud est là tout sourire et on commence à discuter. Elle aussi est comédienne alors forcément les sujets de conversation ne sont pas dures à trouver. Elle me fait rire déjà beaucoup et si je vous dis que je pense être tombée sous son charme à ce moment là, vous risquez d’interpréter ça comme une soirée Tinder qui s’est sûrement bien terminée, et c’est Prince Charmant qui risque de ne pas être content ! Bref, j’apprends qu’elle joue un « seul en scène » au théâtre et ce n’est que plusieurs semaines plus tard que je me décide à aller la voir enfin. Entre temps, j’ai lancé mon blog avec cette envie de mettre aussi en lumière des personnes qui m’ont touché d’une manière ou d’une autre. Après son spectacle « Et si j’étais née ailleurs », Maud m’a donné encore plus envie d’aller creuser ce qu’il se cachait derrière petite femme rigolote. Il est environ 23h quand elle sort pour nous saluer une clope à la bouche, un brin déçue d’elle ce soir là. Pourtant nous on a absolument adoré et je prends mon courage à deux mains pour lui dire : « Coucou. Je t’adore. Veux-tu m’épouser ? -Non j’déconne ! Veux-tu bien être la première personne à être interviewé par moi pour mon blog que tu ne connais pas encore mais il va falloir me faire confiance ? » C’est vrai que dans mes souvenirs, j’ai tremblé un peu en lui faisant ma demande et c’est avec la spontanéité et la bienveillance qu’on lui connaît qu’elle m’a dit « OUI« . Un oui franc et flatté. BINGO !

Intérieur Jour. Rue de chabrol, Paris 10. Un après-midi de décembre.

J’ai préparé des cookies et du thé pour ma première invité des « Portraits Passionnés ». Maud n’est pas le genre de filles qui a besoin qu’on la mette à l’aise mais comme je voulais aller chercher autre chose d’elle, j’ai pensé que les pépites de chocolat seraient un atout. J’ai envie qu’on parle de son spectacle mais pas que. Je veux connaître son parcours de vie et ce qui la caractérise vraiment. Maintenant, vous l’aurez compris je laisse la parole à la talentueuse Maud Givert qui a promis de nous dire toute la vérité et rien que la vérité. Elle est sans filtre et c’est comme ça que j’aime les gens. Je vous laisse la découvrir dans ce portrait que j’ai choisi de réécrire à la première personne pour garder toute la spontanéité et l’émotion de notre échange.

Are you ready ?

Maud Givert2

Quand tout a commencé pour ce premier spectacle, je travaillais dans un cabinet de gestion de patrimoine. C’était mon métier. J’ai fais pleins de trucs différents en payant mes cours à côté, sans jamais perdre de vue le fait que j’étais comédienne. Pour moi, je considérais tout le reste comme un job alimentaire. En vrai, ça me prenait beaucoup de temps et d’énergie donc c’était en train de devenir ça ma vie. Ma vie je ne la consacre pas alors à devenir comédienne. J’ai 30 ans à ce moment là et j’arrive à un moment où je n’en peux plus de ne rien faire pour justement et de me complaire là dedans.

2 ans déjà que l’aventure a commencé

Un jour, je me bouge enfin et je m’inscris sur Cineaste.org pour regarder les annonces de casting. Ce que je ne faisais jamais. Je lis que le Théâtre de Ménilmontant organise un concours pour trouver son nouveau talent. Il faut écrire 10 minutes de sketch et chaque soir, le public vote pour son préféré. A gagner : des dates pour son spectacle. Je me dis ChanMé ! Depuis le temps que je veux écrire un spectacle.

Je sais pas du tout comment faire. J’ai 15 jours. Je commence par m’asseoir dans mon canap’ et à faire des impros. Je me mets à parler belge parce que j’adore le faire. J’essaie des trucs et je me dis que c’est rigolo. C’est à ce moment là que sont nées Bertille et Prune (deux des personnages de son spectacle, ndlr). Je gagne le 1er et le 2ème tour et très vite arrive la finale. Je gagne le concours et les dates de spectacle qui vont avec sauf qu’il n’existe pas ! J’ai 2 mois et tout un été pour l’écrire. Je pars pas en vacances, c’est l’horreur. Tout de suite, je quitte mon boulot. J’ai flippé ma race. J’ai fais beaucoup de choses au dernier moment. Je me remets beaucoup en question mais je ne peux pas faire marche arrière. La machine est lancée.

Je criais sur tous les toits que j’étais comédienne depuis 10 ans mais personne ne m’avait jamais vu sur scène !

La 1ère date arrive et je me jette dans le vide. Ca se passe trop bien, il y a tous mes potes dans la salle. Ma famille croyait en moi depuis toujours mais c’était la première fois que tous allaient me voir jouer vraiment, avec un spectacle que j’avais écris. J’ai un souvenir de cette première tellement magique. A ma troisième date, tout s’accélère. J’invite celle qui repère les talents chez Canal+ à venir voir mon spectacle. Je lui écris un mail avec une bonne dose de culot tout en me disant que jamais elle ne viendra. Sauf que si et à la fin de mon spectacle, elle veut m’embaucher ! C’est là que tout va commencer. Un peu comme dans un conte de fées. Je signe un contrat d’exclusivité avec Canal+ qui va m’amener à collaborer avec eux sur différents projets de la chaîne en tant qu’auteur, durant près d’un an et demi. Grâce à cette femme, les gens ont commencé à s’intéresser à moi et des producteurs sont venus me voir jouer. C’est comme ça que j’ai eu la chance de pouvoir choisir avec qui j’avais réellement envie de travailler.

Maud Givert

Ton spectacle est intitulé « Et si j’étais née ailleurs » mais tu es née où toi ?

Je suis née à Boulogne sur mer mais je n’y suis pas restée puisque mes parents ont divorcé à ma naissance. Bref. Ma mère a rapidement rencontré mon beau-père et on a déménagé presque tous les ans dans pleins de villes différentes. A l’âge de 8 ans, on s’installe à Nice pour y rester. Toute ma famille est dans le nord donc je dirais que je me sens plus du nord que du sud mais je ne suis pas attachée à une ville en particulier.

Petite, je suis un clown qui se met déjà en scène lors des dîners de famille. Moi et mes personnages imaginaires. Déjà à l’époque, je cherchais à être au centre de l’attention et le regard approbateur des miens. Je ne peux pas dire que c’est en regardant un film ou une pièce que j’ai eu envie d’être comédienne. J’aimais juste jouer. Un jour vers 5 ou 6 ans, on me propose de faire du théâtre et là je trouve ça géniale. A l’adolescence en revanche, je n’envisage absolument pas d’être comédienne, je cherche des « vrais métiers ». Etre chirurgien, je trouvais ça cool ! Plus tard au lycée, je n’étais obsédée que par les garçons et les joints. Ma mère veut alors que je fasse S et me fait redoubler ma seconde. Je comprends en faite très vite que je veux vraiment devenir comédienne mais que ma mère ne me laissera pas faire si je ne fais pas d’études après le bac alors je joue le jeu.

Je perds ma mère 3 semaines avant le bac et du coup, je me dis que plus rien ne va m’empêcher de faire ce que j’ai envie. Ma sœur me dit que notre maman lui a fait promettre de m’obliger à faire un bac+2 avant de me lancer. Je viens de me prendre une claque. J’ai envie de me barrer tout de suite mais je dis d’accord à ma grande sœur et à ma famille en général. Je choisis un BTS action commerciale dans l’idée d’avoir un job qui paye bien pour payer mes cours du soir. A partir du moment où ma mère est morte et comme je me suis engueulé avec mon beau-père qui m’a mise dehors, il faut que je gagne ma vie.

BONJOUR PARIS

Après mon BTS, je pars à Paris. Quand tu arrives à Paris, c’est un bouleversement quoi que tu en dises. C’est grand et quand tu es une éponge comme moi c’est compliqué de se faire à toute cette vie, tout ce stress. De se faire à ces gens qui te regardent  pas vraiment.  Même si au début tu kiffes, c’est une atmosphère très particulière et moi je me suis prise une grosse claque dans la gueule. En revanche, j’ai la chance de pouvoir vivre chez ma sœur un temps avant de me mettre à chercher un appart et je trouve très vite un boulot dans une banque.

Côté théâtre, je passe les auditions pour aller au studio Pygmalion parce qu’on m’a parlé de cette école. On m’a dit « J’ai adoré » et leurs méthodes étaient de celles que j’avais envie d’apprendre. Je travaille à la banque la journée et je suis en cours le soir. J’apprends des trucs et je suis si heureuse de faire ça, si heureuse de jouer et de voir que je suis vraiment douée pour ça. J’ai de supers profs mais je déchante quand l’un d’entre eux me demande de me mettre littéralement à poil sur scène. C’était pas un exercice pour moi mais de la branlette. J’avais pas envie de me mettre à poil devant ces élèves qui étaient d’avantage là pour se faire des potes que pour apprendre des choses et se perfectionner . Sur un tournage c’est différent, j’ai un rôle. Il y a une justification si je dois me mettre à poil. Je suis préparée à l’avance. C’est mon métier, je le fais. En tout cas si je le fais on m a consulté et j ai décidé de le faire.la c’est différent ! Je travaille avec des connards toute la journée à la banque pour payer cette école 350 balles par mois pour que tu me demandes de me foutre à poil ? Ben Non mon gars ! Non ! Non !

Un an à peine après mon arrivée, je suis désillusionnée et c’est la grande dépression. Le chemin pour atteindre mes rêves c’est même pas une petite montagne à gravir comme j’ai pu me l’imaginer, là c’est une très grosse montagne et je déprime complétement. Mais à aucun moment, je me dis que je vais arrêter. Je fais juste autre chose pendant quelques temps mais je sais que j’y reviendrai quoi qu’il arrive. Quelques années plus tard, j’intègre l’école Acting International. J’ai des profs de nationalités différentes et j’apprends vraiment des méthodes qui me parlent. Même si là encore, c’est pas à la hauteur de mes attentes.

La peur ou les angoisses du passé ne peuvent plus dicter ma vie aujourd’hui

On dit que les plus grands comiques sont des clowns tristes, je ne déroge pas à la règle. Je crois être une profonde dépressive et au fond, je suis beaucoup plus triste que joyeuse. C’est un peu le cri du désespoir de faire rire et c’est ma manière à moi aussi de ne pas noyer dans mes pensées. J’ai pas envie d’être humoriste. En tout cas, je n’ai pas envie d’être que ça.

Là je suis en train d’écrire le prochain projet qui ne sera pas forcément drôle. Et dans 10 ans ? J’aimerai avoir déjà eu un César, un Oscar. J’y crois de ouf maintenant je suis prête. Je suis sur la route et je sais que je suis seule décisionnaire de ma vie. Je sens que c’est le moment. Je ne me pose même pas la question, je sais que je vais réussir. C’est un peu comme l’homme de ma vie que je n’ai pas encore rencontré mais je ne suis pas inquiète.

En tout cas dans 10 ans, je serai là où j’ai envie d’être et je pense que j’aurai écrit des films.

« Et tu m’auras fait jouer dedans ? » – « Ah ouai surement ! Allez on prend le pari ».

Merci Maud Givert. On a plus de points communs que je ne pensais … J’ai pas fini de t’adorer !

Attention, il ne reste plus qu’une date au Sentier des Halles pour aller mourir de rire devant les personnages attachants de Maud Givert. Foncez et si vous n’aimez pas, je vous jure sur la tête des Inconnus que je vous rembourse. Pour réserver, c’est par ici : http://www.billetreduc.com/160296/evt.htm

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Affiche Maud Givert

Crédits Photo Photo : Ralph Wenig Maquillage: Christina Lutz Coiffure: Steven Laudat Stylisme : Mélody Coco Direction artistique : Anthony Maizil

Lorsque tu commences, tu as tout à prouver et plus encore. « Une actrice de plus sur le marché déjà saturé », te diront-ils. Mais comme rêver n’a jamais tué personne, il est encore permis de croire que nous plutôt qu’une autre, avons toutes les chances de nous faire un nom. Les belles histoires, ça existe ! Néanmoins avant de croiser Luc Besson et d’approcher les professionnels pour de vrai, il faudra justifier d’une certaine expérience (sauf si vous avez de la chance parce que votre Tante Paulette est en faite voisine avec la grand-mère de la femme de Luc).
Restons sérieux deux secondes ! Comment faire pour décrocher un rôle quand on a pas d’expérience ? L’une des solutions se trouve du côté des écoles de réalisation qui fleurissent chaque année dans la capitale.

Tournage avec les étudiants

Pourquoi ? Parce que d’abord, ces jeunes étudiants sont moins regardants sur votre CV encore bien vide et vous laisse donc facilement une chance de les convaincre en casting. Ensuite, ces étudiants ont un planning de production très chargé et doivent tourner plusieurs projets au cours du même mois en vu de leur formation. C’est ainsi qu’en novembre, j’ai tourné pas moins de cinq courts-métrages étudiants. Un formidable training pour les jeunes acteurs car, si pour ma part j’ai suivi une formation au sein de l’école Acting International cursus Cinéma, rien n’est plus important que de se confronter à la réalité du terrain.

Mais avant de te lancer dans la formidable aventure des projets bénévoles, toi jeune acteur talentueux et rêveur, je me dois de partager avec toi ma propre expérience ! Parce que oui un jour, un partenaire de jeu dans un court-métrage étudiant m’a dit « C’est quand il dit ‘Action’ qu’on doit commencer ? ». J’ai cru alors que j’allais m’effondrer et crier ‘Coupé ! JE ME CASSE !’. Au lieu de ça, j’ai décidé de vous écrire un article sur les dessous des tournages étudiants.

A quoi ressemble le scénario en vrai ?

Tu tomberas sur celui qui se prend déjà pour Xavier Dolan mais qui passe complètement à côté de son histoire. Tu tenteras de discuter avec lui de la manière dont tu ressens ton personnage et lui te remettra à ta place. Tu joueras avec un mec aussi comédien que tu es esthéticienne. Tu attendras ton tour dans un local poubelles et auditionneras en même temps que l’ouvrier qui tentera de percer le mur derrière toi se moquant bien de la raison de ta présence ici. Tu auditionneras avec un partenaire à qui son collègue a balancé lâchement : « Vas-y c’est toi qui lui donne la réplique » et qui tétanisé par la peur, sera incapable de te donner la force dont tu as besoin pour tout déchirer. Tu apprendras à mettre ton exigence, ton égo et ta patience de côté pour laisser le temps au jeune réalisateur du jour de se disputer avec l’auteur sur la façon dont il a imaginé la scène, indifférents à l’assistante qui hurle à cause du retard pris. Tu accepteras de te rendre à Trappes, Arcueil ou Elancourt pour des castings et la vaste Plaine Saint Denis n’aura plus de secrets pour toi. Tu attendras les images avec une excitation palpable, priant les dieux de la bande démo de te laisser quelques secondes convaincantes. Tu regarderas le court-métrage une fois, avant d’appuyer sur corbeille pour le faire disparaître à jamais en espérant que personne n’aura l’idée de le ressortir un jour. Tu bousculeras parfois tes partenaires avec bienveillance parce que tout le monde se doit d’être professionnel sur le plateau. Tu apprendras que l’esprit d’équipe et le sourire restent les deux choses les plus importantes à avoir sur un tournage. Tu résisteras aux températures les plus glaciales quand on t’obligera à tourner par -12 sur les quais. Tu créeras du lien et accordera ta confiance à ces petites têtes en espérant que la magie opère cette fois. Tu ne seras que rarement satisfait mais tu verras toujours le bon côté de ces expériences et surtout tu en garderas de supers souvenirs.

CLAP DE FIN

Si vous rencontrerez parfois des étudiants peu investis, vous tomberez aussi sous le charme de passionnés comme vous. Oui, parmi tous ces jeunes se cachent aussi les talents de demain. On ne le dira jamais assez mais si vous voulez faire ce métier, il faut vous construire un réseau et pour cela, pas besoin de courir après le numéro de Marion Cotillard. Faites vous des amis ingénieurs du son, auteurs, metteurs en scène, comédiens et plombiers aussi (ça peut toujours servir). Prenez des cafés, rêvez à de nouveaux projets, soutenez-vous et réalisez-les. Parce que si le rôle de vos rêves ne vient pas à vous, écrivez-le et entourez vous d’une équipe pour en faire un court-métrage.

Soyez audacieux et un brin orgueilleux pour avancer.
Soyez exigeant avec vous-même, tolérant avec les autres.
Soyez passionnés et déterminés, toujours.

 

 

*L’histoire ci-dessus est inspirée de faits très réels.

Equipe de Tournage 3IS - Web Série "Les gens d'à côté"