INTERVIEW : Maud Givert, Meuf Sensiblement Drôle

La première fois que j’ai rencontré Maud Givert, c’était à la terrasse du Little. Un bar qu’affectionne tout particulièrement ma cousine que je venais justement rejoindre pour boire un verre. Maud est là tout sourire et on commence à discuter. Elle aussi est comédienne alors forcément les sujets de conversation ne sont pas dures à trouver. Elle me fait rire déjà beaucoup et si je vous dis que je pense être tombée sous son charme à ce moment là, vous risquez d’interpréter ça comme une soirée Tinder qui s’est sûrement bien terminée, et c’est Prince Charmant qui risque de ne pas être content ! Bref, j’apprends qu’elle joue un « seul en scène » au théâtre et ce n’est que plusieurs semaines plus tard que je me décide à aller la voir enfin. Entre temps, j’ai lancé mon blog avec cette envie de mettre aussi en lumière des personnes qui m’ont touché d’une manière ou d’une autre. Après son spectacle « Et si j’étais née ailleurs », Maud m’a donné encore plus envie d’aller creuser ce qu’il se cachait derrière petite femme rigolote. Il est environ 23h quand elle sort pour nous saluer une clope à la bouche, un brin déçue d’elle ce soir là. Pourtant nous on a absolument adoré et je prends mon courage à deux mains pour lui dire : « Coucou. Je t’adore. Veux-tu m’épouser ? -Non j’déconne ! Veux-tu bien être la première personne à être interviewé par moi pour mon blog que tu ne connais pas encore mais il va falloir me faire confiance ? » C’est vrai que dans mes souvenirs, j’ai tremblé un peu en lui faisant ma demande et c’est avec la spontanéité et la bienveillance qu’on lui connaît qu’elle m’a dit « OUI« . Un oui franc et flatté. BINGO !

Intérieur Jour. Rue de chabrol, Paris 10. Un après-midi de décembre.

J’ai préparé des cookies et du thé pour ma première invité des « Portraits Passionnés ». Maud n’est pas le genre de filles qui a besoin qu’on la mette à l’aise mais comme je voulais aller chercher autre chose d’elle, j’ai pensé que les pépites de chocolat seraient un atout. J’ai envie qu’on parle de son spectacle mais pas que. Je veux connaître son parcours de vie et ce qui la caractérise vraiment. Maintenant, vous l’aurez compris je laisse la parole à la talentueuse Maud Givert qui a promis de nous dire toute la vérité et rien que la vérité. Elle est sans filtre et c’est comme ça que j’aime les gens. Je vous laisse la découvrir dans ce portrait que j’ai choisi de réécrire à la première personne pour garder toute la spontanéité et l’émotion de notre échange.

Are you ready ?

Maud Givert2

Quand tout a commencé pour ce premier spectacle, je travaillais dans un cabinet de gestion de patrimoine. C’était mon métier. J’ai fais pleins de trucs différents en payant mes cours à côté, sans jamais perdre de vue le fait que j’étais comédienne. Pour moi, je considérais tout le reste comme un job alimentaire. En vrai, ça me prenait beaucoup de temps et d’énergie donc c’était en train de devenir ça ma vie. Ma vie je ne la consacre pas alors à devenir comédienne. J’ai 30 ans à ce moment là et j’arrive à un moment où je n’en peux plus de ne rien faire pour justement et de me complaire là dedans.

2 ans déjà que l’aventure a commencé

Un jour, je me bouge enfin et je m’inscris sur Cineaste.org pour regarder les annonces de casting. Ce que je ne faisais jamais. Je lis que le Théâtre de Ménilmontant organise un concours pour trouver son nouveau talent. Il faut écrire 10 minutes de sketch et chaque soir, le public vote pour son préféré. A gagner : des dates pour son spectacle. Je me dis ChanMé ! Depuis le temps que je veux écrire un spectacle.

Je sais pas du tout comment faire. J’ai 15 jours. Je commence par m’asseoir dans mon canap’ et à faire des impros. Je me mets à parler belge parce que j’adore le faire. J’essaie des trucs et je me dis que c’est rigolo. C’est à ce moment là que sont nées Bertille et Prune (deux des personnages de son spectacle, ndlr). Je gagne le 1er et le 2ème tour et très vite arrive la finale. Je gagne le concours et les dates de spectacle qui vont avec sauf qu’il n’existe pas ! J’ai 2 mois et tout un été pour l’écrire. Je pars pas en vacances, c’est l’horreur. Tout de suite, je quitte mon boulot. J’ai flippé ma race. J’ai fais beaucoup de choses au dernier moment. Je me remets beaucoup en question mais je ne peux pas faire marche arrière. La machine est lancée.

Je criais sur tous les toits que j’étais comédienne depuis 10 ans mais personne ne m’avait jamais vu sur scène !

La 1ère date arrive et je me jette dans le vide. Ca se passe trop bien, il y a tous mes potes dans la salle. Ma famille croyait en moi depuis toujours mais c’était la première fois que tous allaient me voir jouer vraiment, avec un spectacle que j’avais écris. J’ai un souvenir de cette première tellement magique. A ma troisième date, tout s’accélère. J’invite celle qui repère les talents chez Canal+ à venir voir mon spectacle. Je lui écris un mail avec une bonne dose de culot tout en me disant que jamais elle ne viendra. Sauf que si et à la fin de mon spectacle, elle veut m’embaucher ! C’est là que tout va commencer. Un peu comme dans un conte de fées. Je signe un contrat d’exclusivité avec Canal+ qui va m’amener à collaborer avec eux sur différents projets de la chaîne en tant qu’auteur, durant près d’un an et demi. Grâce à cette femme, les gens ont commencé à s’intéresser à moi et des producteurs sont venus me voir jouer. C’est comme ça que j’ai eu la chance de pouvoir choisir avec qui j’avais réellement envie de travailler.

Maud Givert

Ton spectacle est intitulé « Et si j’étais née ailleurs » mais tu es née où toi ?

Je suis née à Boulogne sur mer mais je n’y suis pas restée puisque mes parents ont divorcé à ma naissance. Bref. Ma mère a rapidement rencontré mon beau-père et on a déménagé presque tous les ans dans pleins de villes différentes. A l’âge de 8 ans, on s’installe à Nice pour y rester. Toute ma famille est dans le nord donc je dirais que je me sens plus du nord que du sud mais je ne suis pas attachée à une ville en particulier.

Petite, je suis un clown qui se met déjà en scène lors des dîners de famille. Moi et mes personnages imaginaires. Déjà à l’époque, je cherchais à être au centre de l’attention et le regard approbateur des miens. Je ne peux pas dire que c’est en regardant un film ou une pièce que j’ai eu envie d’être comédienne. J’aimais juste jouer. Un jour vers 5 ou 6 ans, on me propose de faire du théâtre et là je trouve ça géniale. A l’adolescence en revanche, je n’envisage absolument pas d’être comédienne, je cherche des « vrais métiers ». Etre chirurgien, je trouvais ça cool ! Plus tard au lycée, je n’étais obsédée que par les garçons et les joints. Ma mère veut alors que je fasse S et me fait redoubler ma seconde. Je comprends en faite très vite que je veux vraiment devenir comédienne mais que ma mère ne me laissera pas faire si je ne fais pas d’études après le bac alors je joue le jeu.

Je perds ma mère 3 semaines avant le bac et du coup, je me dis que plus rien ne va m’empêcher de faire ce que j’ai envie. Ma sœur me dit que notre maman lui a fait promettre de m’obliger à faire un bac+2 avant de me lancer. Je viens de me prendre une claque. J’ai envie de me barrer tout de suite mais je dis d’accord à ma grande sœur et à ma famille en général. Je choisis un BTS action commerciale dans l’idée d’avoir un job qui paye bien pour payer mes cours du soir. A partir du moment où ma mère est morte et comme je me suis engueulé avec mon beau-père qui m’a mise dehors, il faut que je gagne ma vie.

BONJOUR PARIS

Après mon BTS, je pars à Paris. Quand tu arrives à Paris, c’est un bouleversement quoi que tu en dises. C’est grand et quand tu es une éponge comme moi c’est compliqué de se faire à toute cette vie, tout ce stress. De se faire à ces gens qui te regardent  pas vraiment.  Même si au début tu kiffes, c’est une atmosphère très particulière et moi je me suis prise une grosse claque dans la gueule. En revanche, j’ai la chance de pouvoir vivre chez ma sœur un temps avant de me mettre à chercher un appart et je trouve très vite un boulot dans une banque.

Côté théâtre, je passe les auditions pour aller au studio Pygmalion parce qu’on m’a parlé de cette école. On m’a dit « J’ai adoré » et leurs méthodes étaient de celles que j’avais envie d’apprendre. Je travaille à la banque la journée et je suis en cours le soir. J’apprends des trucs et je suis si heureuse de faire ça, si heureuse de jouer et de voir que je suis vraiment douée pour ça. J’ai de supers profs mais je déchante quand l’un d’entre eux me demande de me mettre littéralement à poil sur scène. C’était pas un exercice pour moi mais de la branlette. J’avais pas envie de me mettre à poil devant ces élèves qui étaient d’avantage là pour se faire des potes que pour apprendre des choses et se perfectionner . Sur un tournage c’est différent, j’ai un rôle. Il y a une justification si je dois me mettre à poil. Je suis préparée à l’avance. C’est mon métier, je le fais. En tout cas si je le fais on m a consulté et j ai décidé de le faire.la c’est différent ! Je travaille avec des connards toute la journée à la banque pour payer cette école 350 balles par mois pour que tu me demandes de me foutre à poil ? Ben Non mon gars ! Non ! Non !

Un an à peine après mon arrivée, je suis désillusionnée et c’est la grande dépression. Le chemin pour atteindre mes rêves c’est même pas une petite montagne à gravir comme j’ai pu me l’imaginer, là c’est une très grosse montagne et je déprime complétement. Mais à aucun moment, je me dis que je vais arrêter. Je fais juste autre chose pendant quelques temps mais je sais que j’y reviendrai quoi qu’il arrive. Quelques années plus tard, j’intègre l’école Acting International. J’ai des profs de nationalités différentes et j’apprends vraiment des méthodes qui me parlent. Même si là encore, c’est pas à la hauteur de mes attentes.

La peur ou les angoisses du passé ne peuvent plus dicter ma vie aujourd’hui

On dit que les plus grands comiques sont des clowns tristes, je ne déroge pas à la règle. Je crois être une profonde dépressive et au fond, je suis beaucoup plus triste que joyeuse. C’est un peu le cri du désespoir de faire rire et c’est ma manière à moi aussi de ne pas noyer dans mes pensées. J’ai pas envie d’être humoriste. En tout cas, je n’ai pas envie d’être que ça.

Là je suis en train d’écrire le prochain projet qui ne sera pas forcément drôle. Et dans 10 ans ? J’aimerai avoir déjà eu un César, un Oscar. J’y crois de ouf maintenant je suis prête. Je suis sur la route et je sais que je suis seule décisionnaire de ma vie. Je sens que c’est le moment. Je ne me pose même pas la question, je sais que je vais réussir. C’est un peu comme l’homme de ma vie que je n’ai pas encore rencontré mais je ne suis pas inquiète.

En tout cas dans 10 ans, je serai là où j’ai envie d’être et je pense que j’aurai écrit des films.

« Et tu m’auras fait jouer dedans ? » – « Ah ouai surement ! Allez on prend le pari ».

Merci Maud Givert. On a plus de points communs que je ne pensais … J’ai pas fini de t’adorer !

Attention, il ne reste plus qu’une date au Sentier des Halles pour aller mourir de rire devant les personnages attachants de Maud Givert. Foncez et si vous n’aimez pas, je vous jure sur la tête des Inconnus que je vous rembourse. Pour réserver, c’est par ici : http://www.billetreduc.com/160296/evt.htm

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Affiche Maud Givert

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